Le chasseur, le crocodile et le lièvre
Un jour, l’inondation emporta un crocodile si loin du fleuve qu'il ne put plus retrouver l'eau. Il avait faim et soif et s'affaiblissait au fil des heures.
Un chasseur passa par-là, vit le crocodile et demanda : « Que fais-tu ici dans la brousse ? »
Le crocodile raconta son histoire. Le chasseur eut pitié et dit : « Si tu me promets de ne pas me manger, je te ramènerai à la rivière. »
Le crocodile promit et le chasseur le tira avec des cordes[MR1] jusqu'au bord de la rivière.
« Maintenant que tu m'as amené jusqu'ici, tu peux aussi me tirer dans l'eau. »
Le chasseur tira le crocodile jusqu'à l'eau, mais celui-ci répondit : « Tu m'as amené jusqu'ici, alors tu peux encore me tirer jusqu'en eau profonde. »
Le chasseur tira le crocodile dans la rivière jusqu'à ce qu'il ait de l'eau jusqu'au cou et dit : « C'est assez, maintenant tu peux t’en aller. »
Mais le crocodile répondit : « J'ai très faim et je ne peux pas partir sans te manger. »
« Est-ce là la récompense de t'avoir sauvé la vie ? », s'exclama le chasseur en colère. Les deux se disputèrent jusqu'à ce que le crocodile dise : « Bon, nous allons chercher un arbitre. Celui-ci décidera si je peux te manger ou non. »
Peu de temps après, un cheval vint s'abreuver à la rivière.
« Cheval ! », s'écria le crocodile, « tu dois être notre juge. » Il expliqua tout au cheval, puis demanda : « Alors, ai-je le droit de manger le chasseur ? »
Le cheval répondit : « D'après mon expérience, tous les hommes sont mauvais. Mon maître m'a chassé parce que je suis devenu vieux. De mon point de vue, tu as le droit de manger le chasseur. »
Le crocodile ouvrit déjà sa grande gueule lorsqu'une vache passa.
« Demandons aussi à la vache ce qu'elle en pense », dit le chasseur.
Le crocodile expliqua la chose à la vache, qui répondit : « Les gens sont tous ingrats, ils m'ont chassé parce que je ne donne plus de lait. Tu peux manger le chasseur si tu veux. »
Une fois de plus, le crocodile ouvrit sa gueule quand un lièvre bondit vers la rivière et demanda : « Qu'est-ce que vous faites là ? »
Le chasseur expliqua tout au lièvre, qui dit au crocodile : « Tu es pourtant si grand et si fort. Comment le chasseur a-t-il pu te tirer jusqu'à la rivière ? »
Le crocodile parla des cordes et le lièvre dit : « Je n'y crois pas, montre-moi, s'il te plaît. »
Le chasseur attacha alors le crocodile avec les cordes et le tira jusqu'à la rive.
« Est-ce que le chasseur t'a trouvé ici ? », demanda le lièvre.
« C'était beaucoup plus loin, dans la brousse », répondit le crocodile, et le chasseur le tira exactement là où il l'avait trouvé.
« Tu vois », dit le lièvre au chasseur, « tu as gagné. Laisse le crocodile ici, il te rassasiera longtemps, et donne-moi une récompense pour t'avoir aidé. »
Heureux, le chasseur retourna à son village avec le lièvre. Mais lorsqu'il y arriva, on lui dit : « Ta fille est malade. Seule une peau de lapin peut la guérir. »
Le chasseur regarda le lièvre et dit : « Tu tombes bien », et il voulut l'attraper. Mais celui-ci bondit et s'écria : « C'est comme ça que tu me remercies de t'avoir sauvé du crocodile ? »
Depuis ce jour, les lapins se méfient des humains.
Version Djamila Jaenike, d'après : Le Chasseur, le Crocodile et le Lièvre, in : F. de Zeltner, Contes du Sénégal et du Niger, Paris 1913© Mutabor Märchenstiftung