Mutabor Märchenstiftung

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La Nidelgret

Land: Schweiz
Kanton: Uri
Kategorie: Sage

Dans un village de montagne vivait une vieille femme excentrique. Sa petite maison se trouvait un peu à l'écart, entre un rocher et un sapin rabougri. Elle possédait une seule vache, qu'elle laissait paître au bord du chemin ou dans la prairie caillouteuse. Ce qui était étrange, c'est qu'elle tirait de cet animal autant de crème que d'une étable pleine de bétail. C'est pourquoi, dans les environs, on l'appelait simplement la Nidelgret, et certains prétendaient qu'elle pratiquait une sorcellerie maléfique. Un jeune berger du voisinage ne put finalement plus résister à la curiosité. Il n'osa bien sûr pas lui poser de questions. Le soir, il fit plusieurs fois le tour de la petite maison, mais n'entendit qu'un murmure indistinct. Il guetta alors une occasion propice et se glissa dans l’étable exiguë. Dès qu’il entendit des pas à l’extérieur, il se cacha sous la mangeoire. La Nidelgret entra alors. Elle posa devant elle un grand baquet et, à côté, une petite cruche de crème. Puis elle agita lentement la main d’un côté et de l’autre en murmurant :

« Bénédiction des sorcières et droit des bergers,

deux cuillères pleines de chaque vache.

 

À peine la formule prononcée que la plus belle crème déborda du baquet jusqu’au bord. Elle hissa le récipient plein sur son épaule et disparut dans la cuisine voisine. Le berger, quant à lui, s’échappa en quelques bonds à l’air libre. Sans cesse, il répétait les mots qu’il avait entendus. Dès qu’il arriva dans sa propre étable, il essaya la formule magique, et voilà que son chaudron se remplit lui aussi de crème jusqu’au bord.

Mais le berger était un homme qui n’en avait jamais assez. Le lendemain soir, il prépara une grande marmite, modifia la formule et dit :

 

Bénédiction des sorcières et droit du berger,

deux tasses pleines de chaque vache.

 

Aussitôt, la crème monta, gonfla et moussait à toute vitesse jusqu’au bord de la marmite. Ravi de sa farce, le berger frappa dans ses mains et sautilla d’une jambe sur l’autre.

En fait, il aurait dû être satisfait, mais une avidité encore plus grande s’empara de lui. Une fois de plus, la journée écoulée, il rassembla tous les récipients qu’il put trouver dans la maison. Puis il grimpa sur un tabouret, leva les mains et s’écria :

 

Bénédiction des sorcières et droit du berger,

deux seaux pleins de chaque vache.

 

À peine eut-il prononcé ces mots que la crème se répandit sur tout le sol de l’étable, s’élevant de plus en plus haut jusqu’à faire vaciller les murs. Les barres et les fenêtres furent recouvertes, et le berger faillit se noyer misérablement. Au dernier moment, tout baigné de crème, il put s’enfuir dans la cour par une petite porte. C’est alors qu’il vit soudain la Nidlgret assise sur le toit de sa cabane et l’entendit pousser un cri de joie :

 

Bénédiction des sorcières et rivière de Nidl,

qui en veut trop n’aura rien à la fin !

 

Hommes et bêtes, surtout les chats et les chiens, accoururent pour lécher la belle crème. Et s’ils n’en ont pas encore fini, eh bien, ils continuent certainement à la lécher encore aujourd’hui.