Mutabor Märchenstiftung

Fachwissen, Kompetenz, kulturelle Vielfalt

 

 

Les trois Nuits du pardon

Land: Schweiz
Kanton: Jura
Kategorie: Zaubermärchen

Il y a longtemps, une invasion de vermines s'abattit sur les champs du pays. Il ne restait que de la paille dans les champs, les moulins à blé s'arrêtaient et les gens souffraient de faim. Malgré la famine les paysans étaient tenus de payer leur dîme, comme chaque année, parce que leur seigneur était connu loin à la ronde comme avare. Il ne se souciait pas de la misère des paysans. Un des paysans était bien plus courageux que tous les autres. Il se fit amener devant le seigneur et dit : "Nous sommes tous dans le besoin. S'il vous plaît, donnez-moi du blé pour protéger mes enfants de la famine.

Le Seigneur le regarda sévèrement, puis il dit : "D'accord, je te donne du blé. Mais pas pour de l'argent, tu me dois une promesse. Quand je mourrai, tu devras veiller et prier sur ma tombe pendant trois nuits. Veux-tu me promettre cela ?"

Le paysan promit tout ce que le seigneur voulait pour sauver sa famille de la famine. Il retourna chez lui avec un chariot chargé de blé.

Chaque jour le e paysan était reconnaissant de voir la famille assise devant une assiette bien remplie. Mais lorsqu'il pensait à sa promesse, un malaise l`envahissait

Un jour en rentrant de son travail aux champs, un messager l'attendit : "Mon maître est mort, tu dois venir honorer ta promesse".

Le soir, le paysan alla au cimetière. Il s'assit près de la tombe, ferma les yeux et pria pour l'âme du défunt. Les heures passèrent. Il lui semblait d`entendre un doux chant résonner au-dessus des tombes. Mais par peur, il n'osait pas ouvrir les yeux.

La deuxième nuit, il entendit la musique à nouveau, mais bien plus fort. Il ouvrit les yeux et vit la procession des morts passer devant la tombe. Une voix lui ordonnait : "Prie ! Son âme sera délivrée que si tu réussie à tenir ta promesse".

La frayeur pénétra les os du paysan et il fut heureux de voir le matin se lever

La troisième nuit, il faisait plus sombre que jamais au cimetière. Soudain, il entendit des pas et vit un soldat. A ce moment-là, le paysan éternua et le soldat le remarqua. Le soldat s'approcha. Le paysan lui demanda en tremblant : "Qui es-tu ?"

L'homme sombre répondit : "Je dors à l'ombre des églises et je veille sur la paix des âmes mortes. Que fais-tu ici au milieu de la nuit ?"

Le paysan raconta de sa promesse et le soldat répondit : "Je veux monter la garde avec toi".

Un peu réconforté, le paysan pria alors côte à côte avec le soldat sur la tombe.

Vers minuit, on entendit soudain des sabots de cheval. Un cavalier entrait dans le cimetière. Il était vêtu tout en rouge, la tête cachée sous un capuchon. Ses yeux brillaient comme du charbon ardent. Il montra la tombe et s'écria : "Celui qui est enterré là il est à moi" !

Le paysan ne parvint pas à émettre un son tant il était effrayé. Le soldat se leva et dit : "Non ! Cette âme m'appartient".

"Je te l'achète, combien veux-tu pour elle ?" demanda le cavalier.

"Deux bottes de pièces d'or !"

"C'est trop, une botte suffit, c'est tout ce qu`elle vaut cette âme".

"Accordé !", dit le soldat.

"Bien, attendez-moi ici", dit le cavalier et se hâta de partir.

Le soldat retira une de ses bottes, coupa la semelle et la posa près d'une fosse ouverte.

Lorsque le cavalier revint, il prit un sac d'or et le versa dans la botte.

Le soldat regarda à l'intérieur et dit : "Elle est à peine à moitié pleine".

Vexé, le cavalier s'en alla et revint peu après avec un sac d'or encore plus grand. Il le versa dans la botte, mais celle-ci n'était toujours pas pleine.

"Attends un peu", s'écria le cavalier, qui poussa son cheval pour partir au galop, tandis que le paysan, assis à côté du soldat, priait et tremblait de peur.

Bientôt, on entendit à nouveau le hennissement du cheval et le cavalier versa un énorme sac d'or dans la botte en criant : "Mais maintenant, ça suffit !

A cet instant, un coq chanta. Le cavalier et le cheval se dissolvaient dans une fumée nauséabonde qui traversait le cimetière.

A ce moment l'âme du riche seigneur sortit de la tombe. Son linceul effleura le paysan et le soldat, puis il disparut dans la procession des morts rachetés et disparu à l'aube.

Le soldat ramassa sa botte, montra au paysan tout ce tas d`or et dit : "Regarde, tout ça c'est l'argent dont le riche seigneur s'était indûment emparé. Prends-en une partie pour toi en récompense d'avoir tenu ta promesse, et distribue le reste aux pauvres".

Puis il prit congé en disant : "Ma tâche est maintenant accomplie, adieu". Et il disparut.

Lorsque le soleil se leva, le paysan rentra chez lui avec tout cet or. Il en distribua une grande partie aux pauvres Avec le reste, il vécut heureux et satisfait jusqu'à la fin de ses jours.

Raconté à nouveau d'après: "Les trois nuits du pardon » de : Joseph Beuret-Frantz, Sous les vieux toits, Légendes et contes jurassiens. Porrentruy, 1949, © Mutabor Märchenstiftung, www.maerchenstiftung.ch