Le chien rouge de Planfayon
On raconte qu'il y a plusieurs centaines d'années, un chien fantôme faisait des ravages sur les routes entre Bourguillon et les localités de la Singine chaude. Il vivait dans une grotte au-dessus de Planfayon. Ceux qui passaient devant lui sans faire de bruit n'avaient rien à craindre, mais ceux qui se promenaient la nuit après le couvre-feu vivaient des moments terribles.
C'était un soir d'automne, le brouillard recouvrait le village, lorsque deux hommes sortirent de l'auberge en titubant. Ils avaient atteint la fontaine du village lorsque tout d'en coup le chien fantôme rouge apparut et les regarda avec des yeux de feu.
Les deux ivrognes lui crièrent : "Hé, chien de ruelle, laisse-nous passer !"
Le chien ouvrit alors sa gueule, du feu en jaillit et les deux hommes prirent la fuite. Ils coururent à travers les ruelles étroites, le chien rouge les poursuivant comme un taureau. Avec leurs dernières forces, ils trouvèrent une porte non verrouillée, pénétrèrent dans la maison et demandèrent à s'abriter pour la nuit. Tremblants, ils racontèrent ce qu'ils avaient vécu et ne fermèrent pas l'œil pendant toute la nuit.
Une autre fois, c'était un jeune homme qui se rendait au clair de lune entre Planfayon et Plasselb pour secrètement rendre visite à sa bien-aimée. Lorsqu'il arriva à Ried, il frappa à la fenêtre de la jeune fille qui l'attendait et tous deux se chuchotèrent des mots tendres. Soudain, le jeune homme vit le chien roux assis à côté de lui, qui le fixait avec des yeux de feu, montrant ses griffes et montrant ses dents. Furieux et effrayé, le jeune homme prit un morceau de bois et le lança sur le chien-fantôme. Mais le chien rouge l'attaqua, du feu jaillit de sa gueule. L'homme prit la fuite. Il courut aussi vite que possible en direction de Planfayon. Mais le chien le poursuivit, lui sauta sur les épaules par derrière avec ses lourdes pattes, si bien que le jeune homme tomba par terre et put tenir - avec ses dernières forces - une croix devant. Le chien rouge disparut alors sans laisser de traces.
Depuis lors, les gens de Planfayon n'osaient plus se promener ivres dans le village après le couvre-feu, ni même frapper aux fenêtres des jeunes femmes.
Bien des années plus tard, un homme réussit à toucher le chien fantôme rouge avec son chapelet près du clocher de l'église de Bourguillon. Le chien s'est alors transformé en une chèvre noire dont le pelage s'est lentement éclairci jusqu'à ce qu'elle était entièrement blanche et qu'elle meure dans le cimetière. Depuis ce jour, plus personne n'a vu de chien fantôme à Planfayon.
Neu erzählt nach: J. Genoud, Légendes Fribourgeoises, Fribourg 1892. © Mutabor Märchenstiftung www.maerchenstiftung.ch