Mutabor Märchenstiftung

Fachwissen, Kompetenz, kulturelle Vielfalt

 

 

La patience

Land: Ägypten
Kategorie: Novelle

Il y a bien longtemps, vivait un jeune homme qui était plus avide du savoir que tous les autres. Il passait beaucoup de temps avec ses professeurs à la madrasa. Même après son mariage, il continua ses  études. Après la mort de son père, il attendait avec impatience la fin de la période de deuil pour pouvoir reprendre ses études. Ses connaissances sur le monde ne cessaient de s’enrichir, mais tout cela lui semblait insuffisant.
Un jour, il entendit parler d'un maître, un vieil homme qui connaissait la réponse à toutes les questions. Dès lors, le jeune homme ne trouva plus la paix. Il voulait absolument rencontrer ce maître et étudier chez lui. Il quitta sa femme et partit pour se rendre dans le pays où vit le sage.
Le jeune homme marcha longtemps pour enfin trouver le maître dans sa forge.
« Que souhaites-tu ? », demanda le vieil homme.
« La connaissance ! », répondit le jeune homme. « Je veux acquérir la connaissance. »
Alors le maître lui mit le soufflet dans les mains et dit : « Tire ! Et ensuite, tu devras le relâcher. »
Le jeune homme tira sur le soufflet, le relâcha et fit rougeoyer le feu dans la forge.
Le jeune homme passa toute la journée à actionner le soufflet. Une semaine s’écoula, un mois et enfin une année. Il vit des gens entrer dans la forge et poser leurs questions. Certains obtenaient une réponse, d’autres se voyaient confier une tâche qu’ils accomplissaient, comme lui, jour après jour, sans se plaindre, sans dire un mot.
Dix ans s'étaient écoulés, lorsque le jeune homme perdit patience. Il rompit le silence et demanda : « Maître, le savoir. Je voudrais acquérir le savoir. »
Mais le maître se contenta de répondre : « Actionne le soufflet », et le jeune homme retourna à son travail.
Le soir, allongé dans sa chambre, il lut les livres que le maître lui avait prêtés. Si une question se posait, il pouvait l’écrire sur un bout de papier et le donner au maître.
Souvent, le maître jetait les bouts de papier au feu. Le jeune homme savait alors, que la question ne méritait pas de réponse. Parfois, le maître glissait le bout de papier dans son turban et le soir, le jeune homme trouvait la réponse en lettres d’or à la tête de son lit.
Vingt ans s’étaient écoulés lorsque le maître vint le voir et lui dit : « Il est temps de rentrer chez toi. Tu as assez appris. La connaissance que tu recherchais s’appelle : la patience. »
Le jeune homme prit congé de son maître et se mit sur le chemin de retour. Il marchait pendant quarante jours en méditant dans son cœur la parole du maître : la patience. Pendant son voyage, beaucoup de choses lui parurent étrange. Il se rendit compte à quel point il savait peu de ce monde, malgré toutes ses connaissances accumulées autrefois. 
Il arriva dans sa ville natale et aperçut sa maison. Il s’imagina la joie de sa femme, le bonheur dans ses yeux de le voir de retour. Il s’apprêtait à frapper à la porte lorsqu’il jeta un coup d’œil par la fenêtre à l’intérieur de la maison.
Que vit-il ? Sa femme était assise sur le tapis, à côté d’elle un jeune homme, avec lequel elle bavardait et rigolait. La jalousie le saisit, la colère s’empara de lui. Il prit son arc et ses flèches et voulut transpercer les deux d’un seul tir. En ce moment il se souvient de la parole du Maître : la patience. Il rangea sa flèche et frappa à la porte.
Le jeune homme lui ouvrit et le fit entrer. Sa femme se leva les yeux brillants, elle dit : « Ahmed, mon fils, voici ton père ! »
L’homme tomba à genoux, toucha le sol avec son front et pensa : « Pendant vingt ans j’ai appris la patience et j’ai failli tuer mon fils et ma femme.
Quelle est la faiblesse humaine et combien infinie est la sagesse divine ! »Puis il se leva, serra sa femme et son fils dans ses bras et vécut dès lors en paix et dans le bonheur avec eux.

Fassung D. Jaenike, aus: Die Quelle der Weisheit, Übersetzung Antonia Lerch © Mutabor Verlag