Les Feux-Follets de la Montoie
Autrefois, on cultivait beaucoup de lin dans la vallée de l'Allaine. Associé à la laine des moutons qui paissaient dans les prairies, il servait à fabriquer la célèbre Mi-Laine. Pour cela, les fileuses et les dévidoirs étaient appelées dans les fermes en hiver, où elles filaient le fil fin et gagnaient ainsi leur vie.
Dans les fermes Derrière Mont-Terri, Plain-Mont et Champ-Grain, le lin et la laine attendaient les femmes travailleuses. Mais cet hiver-là, il avait beaucoup neigé et plu, et les rivières étaient en crue lorsque les fileuses se mirent en route.
Elles portaient leurs dévidoirs et leurs rouets et se dirigeaient vers le pont en bois qui enjambait l'affluent de l'Allaine. Mais elles virent que la rivière avait débordé et qu'un lac glacé s'était formé devant elles, dont les eaux bouillonnantes se déversaient vers l'Allaine. Désespérées, les fileuses tentèrent de traverser le lac à gué, mais elles furent emportées par les eaux et perdirent la vie. Dans les fermes, on attendait les femmes. « Ne devraient-elles pas déjà être là depuis longtemps ? », se demandaient les paysans. Après quelques jours, on partit à leur recherche, mais elles restèrent introuvables. Certains disent qu'on peut encore voir un dévidoir ou un rouet au fond de la rivière.
Peu de temps après, deux moines du monastère de Lucelle se rendaient au château de Porrentruy. Ils longeaient la plaine inondée et cherchaient de traverser la rivière. Mais eux aussi furent emportés par les eaux.
La quantité d'eau a formé un petit lac dans la forêt de Montoie, l'Étang de la Montoie.
On raconte que parfois, des feux follets scintillent au-dessus de la forêt. Ce sont, dit-on, les moines et les fileuses. Comme ils n'ont pas atteint leur but, leurs âmes ne trouvent pas le repos. Ils errent à travers la forêt et les champs à la recherche du bon chemin. On dit que ceux qui pénètrent dans la forêt de Montoie à cette heure-là ne trouvent plus le bon chemin, errent pendant des heures et ne retrouvent leur maison que lorsque les feux follets s'éteignent à l'aube.
Fassung D. Jaenike, aus: Joseph Beuret-Frantz, Sous les vieux toits, Légendes et contes jurassiens. Porrentruy, 1949, Rückübersetzung ins Französische: A. Lerch © Mutabor Verlag