Mutabor Märchenstiftung

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Le Village abandonné

Land: Schweiz
Kanton: Jura
Kategorie: Sage

Il existait autrefois dans le Jura un village dont il ne reste aujourd'hui plus aucune trace. L'histoire suivante raconte l'histoire de ce village

À une époque où les baillis exigeaient des impôts si élevés que les pauvres mouraient de faim, vivait un paysan avec ses deux fils. Ils étaient si pauvres qu'ils devaient même battre le grain la nuit afin de pouvoir livrer suffisamment de céréales le matin au bailli.

Une nuit, un voyageur frappa à la porte et demanda un abri pour la nuit. Le paysan le fit entrer : « Entre, nous partagerons volontiers la place près du feu. Mais cette nuit, il y aura du bruit. Nous battons le dernier grain afin de pouvoir satisfaire le bailli demain matin. »

Le voyageur vit les visages affamés du fermier et de ses fils et eut pitié d'eux. Il approcha sa lanterne de la paille si près, que le fermier s'écria : « Attention, ça va brûler ! »

Mais lorsque la lumière de la lanterne frappa les épis, de nombreux grains de blé en roulèrent soudainement. Il y en avait tellement, que toute la meule de foin en fut remplie. Le fermier regarda avec étonnement tout ce blé. Il voulut remercier le voyageur, mais celui-ci avait déjà disparu.

« Ce devait être le fils de Dieu en personne qui nous a aidés dans notre détresse », pensa le fermier.

Dès lors, le fermier devint riche. Il put rembourser ses dettes et s'acheter une grande ferme. Mais très vite, il se senti trop bien pour travailler. Il fit travailler les pauvres du village à sa place, ne leur versait qu'un maigre salaire et économisant sur la nourriture. Ainsi la richesse ne dura pas longtemps, les dettes s'accumulèrent et bientôt, le paysan et sa famille eurent à nouveau faim et battirent le grain pendant la nuit.

« Ce que mon invité nocturne a pu faire, je peux le faire aussi », pensa le fermier. Il prit sa lanterne et la tint très près des épis. Soudain, une étincelle jaillit de la lampe, la paille prit feu et bientôt toute la ferme brûla. Le lendemain, il ne restait au fermier que ses vêtements déchirés et un petit tas de cendres.

Les voisins n'avaient aucune compassion. Ils fermèrent leurs porte et rirent méchamment du malheur de leur voisin. Le paysan n'eut donc d'autre choix que de déménager avec sa famille. Alors qu'ils empruntaient la route du village, quelqu'un jeta une pierre sur le paysan. La pièrre frappa le paysan si malheureux  qu'il tomba  à terre et mourut.

Mais le calme ne revint pas dans le village. La foudre frappa et brûla les maisons, la rouille détruisit les champs, et comme personne ne voulait aider l’autre, les villageois moururent les uns après les autres. Les jeunes partirent, le village tomba en ruine, et aujourd'hui, il n'en reste plus aucune trace.

Fassung D. Jaenike, aus: Joseph Beuret-Frantz, Sous les vieux toits, Légendes et contes jurassiens. Porrentruy, 1949, Rückübersetzung ins Französische: A. Lerch © Mutabor Verlag